Vers l'hyperhumanisme

unsplash-logoSebastien Gabriel

« L’hyper-humanisme pourrait développer d’autres dimensions du cerveau, aujourd’hui occultées ou inhibées par la compétition dans un monde organisé pour la survie de l’individu plutôt que pour la coopération, la solidarité, l’altruisme et le partage.» Joël De Rosnay

L’Homme n’a jamais été aussi puissant qu’aujourd’hui, avec un smartphone entre ses mains. Ce petit objet vous permet de contacter presque n’importe quelle personne autour de la planète en moins de deux minutes. Vous êtes capable de vérifier en temps réel ce que vous dit votre voisin de table, de stocker le contenu de toute une bibliothèque dans votre poche et d’organiser vos prochaines vacances à la montagne en une dizaine de clics.

Ces évolutions on toutes eu lieu ces dernières années, et semblent même s’accélérer avec le temps. Cette vitesse que prend la technologie, son évolution “exponentielle” est illustrée par la loi de Moore. En parallèle, nos rapports avec la machine sont de plus en plus fréquents.

Photo by h heyerlein on Unsplash

Avec le temps, ces interactions nous façonnent et modifient nos habitudes. Nous sommes devenus des experts à répondre rapidement aux stimulations du monde numérique. Les sonneries, les vibreurs et les notifications capturent notre attention, surchargent notre mémoire de travail, et donnent le tournis à notre système de récompense. Ces innombrables sollicitations font de nous leurs esclaves, des toxicomanes du like et du scrolling. Nous sommes en permanence comme “des enfants dans un grand magasin plein de bonbons.”

Pour attirer notre attention, les outils numériques simulent un effet d’urgence devenu la norme. Ils modifient notre rapport au temps, nous sommes désormais tous pressés, tout le temps. Ce n’est pas étonnant qu’il soit devenu très difficile de retenir et de digérer la quantité d’information à laquelle nous sommes soumis.

Plus que notre attention nous déportons également notre mémoire sur la technologie. Ce n’est pas seulement les numéros de téléphones mais aussi nos rendez-vous, nos idées et toute notre connaissance sur ces plaques de silicium. Organiser notre emploi du temps devient chaque jour un peu plus délicat.

“A person holding up a smartphone in their hand with colorful bokeh circles over its screen” by Rodion Kutsaevon Unsplash

La technologie change notre rapport au monde, elle modifie nos aptitudes cognitives et notre avenir en tant qu’espèce. Que l’Homme soit un jour dépassé par la machine est un non-sens, la compétition n’est pas là. La question concerne l’Homme par rapport à lui-même et quelle direction il veut prendre.

Nous devons prendre du recul et redéfinir notre usage des outils numériques. Il est temps de prendre conscience des conséquences de notre usage et de nous demander pourquoi nous développons un produit. C’est une responsabilité partagée entre les développeurs, les designers, et les utilisateurs.


De l’autre côté de l’atlantique, des collectifs se forment afin d’alerter et de former les individus. Constitués d’anciens ingénieurs de la silicon valley, le Center for Humane Technology propose des outils concrets pour se libérer de l’emprise de certains outils technologiques. Lorsque vous êtes sur Facebook ou Youtube, imaginez derrière vos écrans les milliers d’ingénieurs qui ont travaillé pendant des mois sur ce design. Leur seul objectif était de vous garder quelques secondes de plus sur une page, d’attirer votre regard ici ou là, en fonction de l’emplacement des publicités. Nous devons prendre conscience de ces artifices et collectivement développer des habitudes pour lutter contre ces derniers.

À court terme vous pouvez par exemple :

  • désactiver les notifications qui ne proviennent pas d’autres personnes réelles
  • passer son écran en mode noir et blanc pour diminuer l’influence des couleurs sur notre attention
  • privilégier les appels vocaux et les messages audios afin de faciliter et de rendre la communication plus authentique
  • charger son téléphone hors de sa chambre la nuit pour ne pas être tenté de s’endormir et de se réveiller avec

Il existe également des produits designés pour vous aider à lutter contre les distractions et les effets néfastes du monde numérique. Des plug-in pour Google Chrome vous permettent de bloquer le Mur Facebook, de gérer la fréquence avec laquelle vous vérifiez vos e-mails ou encore de bloquer les propositions de vidéos Youtube qui vous font perdre un temps phénoménal… Même Mark Zuckerberg a fait de ce sujet son cheval de bataille en faisant de s’assurer que le temps passé sur Facebook est du temps bien dépensé sa résolution de 2018.

À l’heure ou les dissidences se creusent entre ceux qui ont une foi aveugle et démesurée dans le progrès, et ceux qui prônent un retour à un mode de vie sobre et idéalisé au milieu de la nature, il est possible de construire ensemble une troisième voie. Une voie où le bien de l’humanité est au centre des technologies.

by Nicolas BASSAN
Psychologue du travail et des organisations spécialisé dans la créativité, instructeur de Mindfulness Based Cognitive Therapy

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